Du danger des mouvements incorrects| Sanitas Assurance Maladie
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Intériorise ce sentiment!

Vous ne progressez plus dans votre discipline? Il est peut-être temps de changer vos habitudes. Joachim Hossner, scientifique du sport, explique comment s’entraîner «correctement».

Texte: Clau Isenring

 

La science du sport est-elle en mesure de définir des séquences de mouvements «idéales»?

Ernst-Joachim Hossner: Par comparaison, il existe peu de choses que nous pouvons calculer de manière approfondie sur le plan biomécanique. Nous connaissons par exemple la vitesse de départet de rotation dont un gymnaste a besoin sur une barre fixe pour pouvoir effectuer un salto tendu. En revanche, nous ne savons pas définir exactement la position idéale des pieds de Roger Federer lorsqu’il effectue un coup droit. Car il faut également tenir compte de son style personnel, qui le différencie dujeu de Rafael Nadal, lui aussi un tennisman de très haut niveau.

 

D’après vous, qu’est-ce qui a le plus transformé l’entraînement physique ces dernières années?

La pratique d’un sport au quotidien a été fortement marquée parle smartphone. Grâce aux appareils photo de grande qualité des téléphones portables et aux applis d’activité physique, il est bien plus facile de faire de l’exercice, d’analyser et de comparer ses mouvements, peu importe l’endroit et l’heure. Un golfeur voit si la position de ses hanches est correcte au moment où il frappe la balle. Pour le lancer du poids, il est également possible de vérifier si l’angle de poussée est idéal ou non. Dans le passé, la technique vidéo était très sophistiquée et l’équipement onéreux. Aujourd’hui, c’est un véritable jeu d’enfant.

 

Est-il important de voir le mouvement si je souhaitele modifier?

Oui, mais pas seulement. Car l’apprentissage des séquences demouvements se base sur l’expérimentation et le ressenti. Si je me regarde dans la glace et que j’essaie de reproduire le geste du lancer franc du basketteur professionnel suisse Thabo Sefolosha, je peux avoir l’impression de l’imiter un peu. Mais je dois ressentir ce mouvement pour pouvoir le refaire à tout moment. Car dans un match, on ne peut pas se regarder dans un miroir.

 

Comment développer ce sentiment d’avoir l’impression d’exécuter le «bon» mouvement?

Je dirais que c’est l’une des tâches les plus importantes des entraîneurs et des coachs. Leur expérience et leurs connaissance saident les sportifs à avoir la sensation de faire le bon mouvementen fonction de leurs conditions et de leurs aptitudes individuelles. Quel est le ressenti d’un skieur lorsqu’il grave parfaitement la neige ou celui d’un pongiste lorsqu’il effectue un topspin? Parfois, il faut simplement essayer pour le savoir. Et au moment où le mouvement effectué est parfait, l’entraîneur peut dire: voilà, c’est exactement ce mouvement! Intériorise-le!

 

Pourquoi est-il si difficile de modifier ou de corriger un mouvement?

Dès que je parviens à faire ce que je souhaite – aller tout droit, descendre une piste raide en ski, envoyer la balle au-dessus du filet –, il n’y a aucune raison pour le corps de changer quoi quece soit puisqu’il a trouvé une solution qui fonctionne. Mais peut être existe-t-il de meilleures solutions pour frapper encore mieux la balle de golf, marquer davantage de paniers, sauter plus haut. Le problème, c’est que plus le corps fait des expériences positives avec unmouvement, plus il est difficile de lui faire accepter une nouvelle solution. Même si celle-ci est meilleure.

 

Pourquoi changer un mouvement qui a fait ses preuves? Cela en vaut-il la peine?

Oui, pour éviter de se blesser par exemple. Même si l’on atteint de manière fiable un objectif en matière de mouvement, il se peut que celui-ci provoque des lésions ou une certaine usure à long terme. Augmenter la performance constitue également un aspect important: dans le sport de haut niveau, seul un entraînement intensif permet d’optimiser le moindre détail. Pour les sportifs amateurs, chacun est libre de décider si déployer des efforts énormes en vaut la peine. Je pense par exemple aux marathoniens qui souhaitent gagner deux minutes sur une course.

 

Avec l’âge, est-il plus difficile de convaincre le corps d’opter pour une nouvelle solution?

Oui, car le corps devient de plus en plus conservateur. Il sait exactement comment atteindre un objectif fixé et n’aime pas expérimenter. Mais même si ce travail est laborieux, il est possible d’apprendre de nouveaux mouvements à tout âge. Nous devons parfois changer certains automatismes à un âge avancé. Par exemple lorsqu’il devient difficile de fléchir les genoux pour lacer ses chaussures. Le corps n’a pas d’autre choix que de trouveret de mémoriser une nouvelle solution pour parvenir à un résultat identique.

 

Pensez-vous en permanence, lorsque vous faites du sport, qu’il est possible d’optimiser vos mouvements?

Penseren permanence pendant la pratique d’un sport n’est pas une bonne chose. Dévaler un versant de poudreuse immaculée au coucher du soleil tout en réfléchissant à la manière de répartir idéalement son poids sur les skis, quelle horreur! Même les athlètes de haut niveau réalisent leur meilleure performance lorsqu’ils s’absorbent dans le mouvement sans rien contrôler volontairement.

Ernst-Joachim Hossner, 56 ans, est professeur en sciences du mouvement et de l’entraînement à l’institut des sciences du sport de l’Université de Berne. Responsable du service de science du sport IV, il se penche sur l’apprentissage et la recherche en rapport avec les questions du contrôle et de l’optimisation des mouvements dans le domaine du sport.

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