Dossier: Sexualité

Comment les hormones nous influencent

Il existe des moments dans la vie où nous avons du mal à nous reconnaître et à comprendre nos réactions. On est irritable, déprimé ou au bord des larmes. La faute aux hormones? Dans quelle mesure sont-elles en cause?

Texte: Julie Freudiger; photo: Sanitas

Faire du jogging ou fredonner une chanson rend heureux. Pas seulement parce que «cela nous fait du bien», mais parce que ces deux activités activent les hormones de la bonne humeur, la sérotonine et la dopamine. Car les réactions d’une personne, ses sensations et ses pensées ne sont pas le seul fruit de son patrimoine génétique ou de son environnement. Les hormones, elles aussi, ont un impact sur notre quotidien et notre personnalité. C’est particulièrement visible pendant les phases de changements hormonaux. Sans crier gare, certains réagissent de manière impulsive, sont déprimés ou deviennent léthargiques. Ces réactions et ses sentiments stressent aussi bien les personnes concernées que leur entourage.

«Pourquoi es-tu aussi buté?»: les adolescents et la puberté

Notre expert: le professeur Urs Zumsteg, responsable endocrinologie / diabétologie à l’hôpital Universitaire des deux Bâle

L’humeur de votre fils ou de votre fille change toutes les cinq minutes et votre enfant devient taciturne? Dans ce cas, tout laisse à penser que la puberté a commencé. Des boutons apparaissent sur la peau, la poitrine se forme, la voix mue. Les glandes surrénales provoquent cette phase marquée par de fortes turbulences. Elles produisent les hormones responsables des changements au niveau cutané. Elles relâchent également davantage de cortisol, l’hormone du stress. Les ovaires et les testicules augmentent la production des hormones sexuelles, les œstrogènes et la testostérone. «Le corps des filles et des garçons pubères change pratiquement tous les jours. Ce n’est pas simple pour eux», précise Urs Zumsteg. «Mais, à mon avis, on surestime l’influence des hormones sur la personnalité. Car les adolescents qui sont particulièrement téméraires ou agressifs n’ont pas plus de testostérone que les autres.» Le niveau de stress, qui est plus élevé chez les personnes pubères, n’est pas non plus directement lié aux hormones.

D’après lui, ce sont les défis sociaux et psychiques auxquels sont confrontés les adolescents qui expliquent les changements d’humeur. C’est une période difficile pour eux. Non seulement ils ne reconnaissent plus leur corps, mais ils veulent aussi se détacher du cercle familial. Le comportement irrationnel et impulsif qui peut désespérer les parents est dû au processus de maturation du cerveau. «La maturation commence dans les régions postérieures du cerveau. Les zones qui contrôlent les sentiments et les impulsions se développent en premier. La région du raisonnement rationnel s’étoffe en dernier.» 

«Elle a ses règles»: le SPM et le cycle féminin

Notre experte: la professeure Brigitte Leeners, directrice de la clinique en médecine de reproduction et d’endocrinologie gynécologique à l’hôpital universitaire de Zurich

Avant leurs règles, les femmes sont souvent plus irritables, lunatiques et fatiguées. Est-ce la faute aux hormones? Brigitte Leeners dément cette théorie: «Les résultats des recherches révèlent que la performance des femmes – tant sur le plan physique que mental – ne varie à aucun moment pendant leur cycle. Sauf pour celles qui souffrent du SPM.» Le SPM, ou syndrome prémenstruel, désigne une maladie qui englobe environ 150 symptômes et se manifeste pendant la seconde moitié du cycle, c’est-à-dire après l’ovulation. Fatigue prononcée, gonflement du bas-ventre, irritabilité, comportement impulsif et épisode dépressif en constituent les symptômes les plus courants.

Ces troubles disparaissent à l’arrivée des règles. Il existe indirectement un lien avec les hormones: l’œstrogène, l’hormone du bien-être chez les femmes, augmente pendant les 13 premiers jours du cycle, avant de diminuer lorsque l’ovule n’est pas fécondé. C’est alors au tour de la progestérone de s’amplifier, entraînant une sensation de tension au niveau des seins. Toutefois, ce ne sont pas les variations hormonales elles-mêmes qui provoquent le syndrome prémenstruel, mais plutôt la réaction du cerveau à ces fluctuations. Selon les études, 20 à 30% des femmes souffrent de SPM. Selon Brigitte Leeners, au moins un symptôme du SPM touche plus de 70% des femmes (ce qui, par définition, ne correspondrait pas à celle du SPM).

Elle ajoute: «Il se peut qu’une patiente ait des douleurs et une humeur changeante avant ses règles justement parce qu’elle s’attend à en avoir. C’est comme une prophétie autoréalisatrice.» Aujourd’hui encore, de nombreuses idées reçues circulent sur cette phase prémenstruelle. Ceci étant, on oublie bien souvent que les troubles constituent l’exception, et non la règle.

«J’ai l’impression que quelqu’un a pris le contrôle sur moi»: la ménopause et la crise de la quarantaine chez les femmes et les hommes

Notre experte: la docteure Anna Raggi, vice-présidente de la Société Suisse d’Endocrinologie Gynécologique et de Ménopause / Roger Schneiter, spécialiste en endocrinologie à l’hôpital universitaire de Zurich

À partir de 45 ans environ, la concentration des hormones sexuelles commence à reculer. C’est principalement le manque d’œstrogènes que les femmes ressentent pendant la ménopause: bouffées de chaleur, troubles du sommeil, douleurs articulaires, perte de libido et sécheresse vaginale. «Certaines patientes ont l’impression que quelqu’un d’autre les contrôle», déclare Anna Raggi. Le risque de dépression est une fois et demie plus élevé pendant la ménopause. Car «les œstrogènes ont un effet positif sur le système nerveux. Leur absence peut entraîner une certaine irritabilité et des épisodes dépressifs.»

Mais la spécialiste de la ménopause relativise: «Les symptômes de la ménopause sont liés aux hormones, mais il ne faut pas négliger le rôle que jouent les facteurs socioculturels.» Notamment lorsque les femmes refusent de vieillir et anticipent les changements négatifs qu’induit l’âge. En cas de symptômes prononcés, Anna Raggi recommande un traitement hormonal de substitution spécialement adapté au cas de la patiente. Car la ménopause peut durer plusieurs années. Plus les symptômes commencent tôt, plus leur durée est longue.

«Chez les hommes, le taux de testostérone diminue tous les ans d’environ 1% à partir de 30-35 ans. Cela varie toutefois selon les individus», explique Roger Schneiter. Ils ne connaissent pas ce processus de la ménopause au sens propre du terme. Ce qui ne signifie pas pour autant que cette phase passe inaperçue chez eux: «Une baisse du taux de testostérone peut réduire le désir et la fonction érectile.» Elle peut également provoquer chez certains de la fatigue, un manque d’énergie et une prise de poids. La crise de la quarantaine, qui correspond bien souvent à chercher un nouveau sens à sa vie, est un mal-être fondamental face aux changements. Ce ne sont pas les variations hormonales qui en sont la cause. Cela concerne tous les individus de toutes les tranches d’âge.