La névrodermite chez les bébés et les enfants
La névrodermite est une affection qui touche un enfant sur cinq en Suisse. Les parents sont souvent désespérément en quête d’explications et de mesures de soulagement. Le mot d’ordre: appliquer de la crème.
L’essentiel en bref
- La névrodermite chez les bébés et les enfants en bas âge est généralement d’origine génétique.
- Une barrière cutanée fragilisée et un système immunitaire réagissant de manière excessive peut engendrer une névrodermite.
- Il est important de soulager les symptômes et de traiter l’inflammation en tant que telle.
La peau est notre plus grand organe et le miroir de notre santé. Si elle démange, c’est généralement pour une raison plus profonde.
En particulier ppendant l’enfance, la peau démange fréquemment. En Suisse, environ un enfant sur cinq est touché par la névrodermite, une maladie chronique de la peau concernant en particulier les moins de 5 ans.
Pour les parents, les défis sont de taille. Souvent désemparés, ils en recherchent désespérément les causes.
Qu’est-ce que la névrodermite?
«La névrodermite est une maladie inflammatoire chronique de la peau due à un dysfonctionnement de la barrière cutanée et à une dérégulation du système immunitaire», explique Sonja Hartmann, experte en allergies auprès de l’association aha! Centre d’Allergie Suisse.
Un déséquilibre de certains éléments constitutifs de la peau, comme les protéines et les lipides, entraîne un affaiblissement de la barrière cutanée. Résultat: la peau se dessèche et devient perméable aux allergènes et autres substances environnementales. Des facteurs génétiques sont responsables de ce déséquilibre.
Certaines cellules immunitaires produisent davantage de neurotransmetteurs favorisant l’inflammation, provoquant rougeurs et formation de squames sur la peau.
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Symptômes accessoires et évolution
La névrodermite, également appelée eczéma atopique, a souvent comme symptômes accessoires des maladies respiratoires allergiques telles que le rhume des foins ou l’asthme.
Dans la plupart des cas, la maladie évolue par poussées – c’est-à-dire par phases où les symptômes sont très prononcés et d’autres où les troubles sont peu importants.
La névrodermite est généralement d’origine génétique: si l’un des parents souffre de névrodermite ou d’asthme, l’enfant a 30 à 50% de chances d’en être également atteint. Si les deux parents sont touchés, la probabilité passe à 60 à 70%.
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En quoi la névrodermite se distingue-t-elle du psoriasis?
Contrairement à la névrodermite, le psoriasis est une maladie auto-immune. Le système immunitaire des personnes atteintes de psoriasis produit en grande quantité des cellules cutanées. Cela entraîne l’apparition de plaques couvertes de squames argentées, typiques de la maladie.
Le psoriasis apparaît généralement à l’adolescence et à l’âge adulte. Il peut affecter les articulations (arthrite psoriasique) et s’accompagner de douleurs, de raideurs et de gonflements. La plupart du temps, ce sont les doigts, les orteils et la colonne vertébrale qui sont touchés.
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La névrodermite est-elle contagieuse?
«L’eczéma atopique n’est pas contagieux», rassure l’experte. La névrodermite est due à une barrière cutanée fragilisée et à un dérèglement du système immunitaire . Elle n’a rien à voir avec des agents extérieurs transmissibles comme des bactéries ou des virus.
Cause: d’où vient la névrodermite des bébés et des enfants?
La profilaggrine est la protéine essentiellement responsable des problèmes cutanés chroniques. Cette protéine aide à préserver l’hydratation de la peau et à maintenir la fonction de la barrière cutanée.
Chez les enfants atteints de névrodermite, cette protéine est insuffisante ou modifiée en raison de facteurs génétiques.
Une barrière cutanée perturbée entraîne une peau plus sèche, plus gercée et plus vulnérable. Elle laisse pénétrer plus facilement les allergènes tels que le pollen, les poils d’animaux ou les acariens, ainsi que les virus, bactéries et substances irritantes. Et provoque, à son tour, des inflammations et des démangeaisons.
D’autres facteurs externes tels que l’air sec, les polluants, certaines lessives, les vêtements en laine ou en textiles rugueux, les infections, le stress ou les allergies peuvent aussi irriter la peau et déclencher des poussées.
Symptômes: comment apparaît la névrodermite chez les bébés?
La névrodermite s’annonce souvent par des signes subtils, parfois des taches blanchâtres sur les joues ou un double pli sous la paupière inférieure.
Chez les nourrissons, l’eczéma atopique se manifeste fréquemment sur le visage. En particulier:
- Les joues
- Le front
- Le menton
- Le cuir chevelu
La forme précoce de la névrodermite se présente souvent sous la forme de croûtes de lait, avec des altérations squameuses et croûteuses. Elle peut également toucher les bras, les jambes et le haut du corps. La zone au niveau des couches ainsi que celle autour de la bouche reste généralement épargnée.
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Symptômes chez les bébés
- Croûtes de lait: zones de peau jaunâtre et brunâtre, suintantes et croûteuses sur le cuir chevelu et le visage. Elles ne sont toutefois pas le signe irréfutable d’une névrodermite.
- Démangeaisons: les bébés se grattent fréquemment et intensément ce qui indique des démangeaisons atroces.
- Rougeur et inflammation: des plaques rouges, sèches, squameuses et souvent suintantes, qui apparaissent sur les bras, les jambes et le visage.
- Sommeil agité: les bébés touchés ont un sommeil agité et pleurent plus souvent à cause des démangeaisons.
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Symptômes chez les enfants en bas âge
- Apparition d’un eczéma: souvent dans les plis des articulations (coudes, genoux par exemple), au cou et aux mains.
- Pellicules: la peau devient de plus en plus sèche, squameuse et rugueuse.
- Cuir chevelu: dans les phases chroniques, la peau peut s’épaissir et prendre l’aspect du cuir.
- Démangeaison intense: l’envie de se gratter est pratiquement incoercible. Ce qui entraîne des dommages cutanés supplémentaires.
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Les symptômes diminuent avec l’âge
Prendre soin d’un enfant atteint de névrodermite constitue un grand défi. On peut donc rassurer les parents en leur disant que, dans la plupart des cas, les symptômes diminuent avec l’âge.
Selon les estimations, environ 60% des enfants atteints de névrodermite ne présentent plus de symptômes ou seulement des symptômes légers lorsqu’ils atteignent la majorité. 40% d’entre-eux présenteront encore des signes d’eczéma atopique à l’âge adulte.
Il est impossible de prédire l’évolution à long terme: la maladie peut persister, s’aggraver, disparaître et réapparaître ou s’atténuer au fil des années avec comme seul symptôme, une peau sèche.
Une maladie grave dans la petite enfance et des antécédents familiaux sont des facteurs qui peuvent influer sur l’évolution prolongée de la maladie jusqu’à l’âge adulte.
Le Centre d’Allergie Suisse aha! propose des cours sur la névrodermite aux parents et aux enfants afin de leur faciliter le quotidien. Ils sont dispensés par des expert-es possédant une grande expérience en médecine, en soins, en pédagogie et en psychologie.
Comment traite-t-on la névrodermite chez les bébés et les jeunes enfants?
«Le traitement doit avant tout cibler le soulagement les symptômes et l’inflammation en tant que telle», explique la spécialiste. Pour cela, on administre généralement des médicaments à base de cortisone.
Des soins de base réguliers nettoyant, hydratant et relipidant sont tout aussi importants. Ils renforcent la barrière cutanée et préviennent de nouvelles inflammations.
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Soins de la peau
- Produits de nettoyage doux: utilisez des lotions nettoyantes douces et sans parfum pour ne pas irriter davantage la peau.
- Soins hydratants: appliquez régulièrement sur la peau des produits de soin spéciaux et relipidants afin de maintenir la souplesse de la peau et d’éviter la perte d’hydratation.
- Évitez tout ce qui peut irriter la peau: misez sur des vêtements en coton ou en soie et évitez la laine ainsi que les textiles synthétiques. Retournez les vêtements pour que les coutures soient à l’extérieur et enlevez les étiquettes.
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Médicaments et thérapies locales
- Pommades et crèmes à la cortisone: à utiliser en cas de poussée afin de réduire au maximum l’inflammation. Un médecin doit expliquer comment les appliquer correctement.
- Inhibiteurs de la calcineurine: il s’agit de substances actives non hormonales comme le tacrolimus ou le pimécrolimus. Ils inhibent une enzyme responsable de la réaction inflammatoire du système immunitaire. Ces préparations conviennent particulièrement aux utilisations prolongées.
- Pommades antiseptiques: si l’affaiblissement de la barrière cutanée entraîne des infections secondaires dues à des bactéries ou des champignons, des pommades antiseptiques peuvent être efficaces.
Soulager les démangeaisons
Les démangeaisons sont dues à l’inflammation qui sous-tend la névrodermite. «Pour calmer les démangeaisons, il existe quelques mesures immédiates que les parents peuvent prendre pour atténuer les symptômes de leur enfant», explique l’experte.
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Soins de la peau intensifs
Appliquez plusieurs fois par jour des produits de soin hydratants et relipidants sur la peau de votre enfant. Cela permet de réduire la sécheresse de la peau et de restaurer sa fonction de barrière.
Évitez les produits de soin contenant des parfums ou des additifs végétaux qui pourraient provoquer des irritations supplémentaires.
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Compresses froides
En cas de démangeaisons, le froid est efficace: des compresses rafraîchissantes et des serviettes humides appliquées sur les zones de peau qui démangent soulagent les démangeaisons.
Vous pouvez également appliquer une poche de froid ou des cuillères mises au préalable au congélateur. Enveloppez ces dernières dans un torchon de cuisine pour éviter de geler la peau.
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Mesures pour ne pas se gratter
Veillez à ce que les ongles de votre enfant soient courts et propres pour ne pas qu’il se blesse.
Des gants en coton ou des pyjamas spéciaux avec moufles intégrées conviennent particulièrement aux nourrissons et jeunes enfants afin qu’ils ne se grattent pas en dormant.
Tapotez ou pincez les zones de peau concernées, au lieu de la gratter.
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Facteurs environnementaux
Veillez à ce que le taux d’humidité de la pièce soit compris entre 50 et 60% afin d’éviter le dessèchement de la peau de votre enfant.
Chaleur et transpiration renforcent les démangeaisons. Privilégiez l’ombre et exposez le moins possible votre enfant à la chaleur, surtout pendant les mois d’été. Aérez bien les chambres pour une température agréable même la nuit.
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Les crèmes à la cortisone conviennent-elles aux bébés et aux jeunes enfants?
«Il existe aujourd’hui de bons produits à base de cortisone pour les enfants, qui ne présentent pas d’effets secondaires lorsqu’ils sont utilisés correctement», explique Sonja Hartmann. C’est ce que montrent de nombreuses études ainsi que les retours des hôpitaux universitaires en Suisse.
La cortisone contenue dans les crèmes destinées aux enfants agit localement dans la peau où elle est presque entièrement éliminée. Seules de très faibles quantités pénètrent dans l’organisme.
«L’important est de ne l’utiliser que pendant une courte période et en suivant à la lettre les instructions du médecin», explique l’experte. Ensuite, la cortisone doit être réduite progressivement pour terminer le cycle de traitement.
Si plusieurs traitements s’avèrent nécessaires, la peau aura besoin de pauses sans cortisone. «Cela permet d’éviter les effets secondaires, notamment l’affinement de la peau», précise la spécialiste.
Plusieurs traitements successifs peuvent aider à traiter les micro-inflammations de la peau et ainsi réduire le risque d’une nouvelle poussée.
Selon l’experte, les parents ont souvent tendance à ne pas appliquer assez de cortisone par réticence. Or, si une préparation à base de cortisone a été prescrite, il est important d’en appliquer sur la peau la quantité nécessaire.
Quelle est la bonne quantité? «Un trait continu de crème appliqué sur toute la longueur du bout de l’index d’une personne adulte suffit à traiter une surface de ses deux paumes de la main», précise Sonja Hartmann.
Les spécialistes parlent ici d’unité phalangette ou fingertip unit. Cette formule s’applique à tous les types de traitement local de l’eczéma atopique.
Remèdes maison: utiles en cas de névrodermite?
En ce qui concerne les remèdes maison, la prudence est de mise, prévient la spécialiste. En effet, certains remèdes préconisés, à base de camomille ou d’avoine, irriteront davantage la peau et provoqueront des allergies.
Les spécialistes recommandent donc d’appliquer d’abord le remède sur une petite surface de peau saine.
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Huile de tea tree
L’huile de tea tree est un remède traditionnel utilisé par les aborigènes d’Australie pour ses effets antiseptiques.
Néanmoins, les experts sont réticents à l’égard de la névrodermite: «L’huile de tea tree peut piquer la peau – surtout chez les jeunes enfants», explique l’experte en allergies. Cela pourrait entraîner des irritations supplémentaires.
Ceux qui souhaitent néanmoins l’essayer doivent veiller à une bonne qualité de l’huile à l’achat. Elle doit être pure à 100%, issue de l’agriculture biologique et l’étiquette doit indiquer «Melaleuca alternifolia» comme type de plante.
Une huile essentielle de qualité a un taux de terpinéol-4 élevé (au moins 30%) et un taux de cinéol faible (moins de 5%).
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Aloe vera
Le gel d’aloe vera frais, extrait de la feuille ou sous forme de produit de soin prêt à l’emploi, a un effet hydratant, anti-inflammatoire et rafraîchissant.
Il peut être appliqué directement sur les zones concernées et soulage les démangeaisons ainsi que les rougeurs.
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Huile de coco
L’huile de noix de coco possède des propriétés anti-inflammatoires, antimicrobiennes et hydratantes. Elles sont utiles dans le traitement de la névrodermite.
Des études montrent que l’huile de coco améliore la barrière cutanée, réduit davantage la perte d’eau par la peau et soulage mieux les symptômes de l’eczéma par rapport à l’huile minérale. Il peut réduire les sensations de tiraillement, apaiser les démangeaisons et atténuer les inflammations.
Toutefois, certaines voix critiques font remarquer que l’huile de coco ne pénètre pas très profondément dans la peau et qu’elle pourrait la dessécher en cas d’utilisation à long terme.
La tolérance dépend du type de peau de chacun. Testez la tolérance sur une petite surface de peau et misez sur des huiles de coco bio pressées à froid de haute qualité.
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Huiles relipidantes
Les huiles naturelles relipidantes comme l’huile d’amande douce, l’huile de jojoba ou l’huile d’onagre renforcent le film lipidique de la peau et soignent les zones sèches.
«Les huiles aident certes à nourrir la peau, mais cela ne suffit pas pour une peau atteinte de névrodermite», précise Sonja Hartmann. Elle a besoin d’être hydratée, ce qu’une huile n’arrive pas à faire.
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Remèdes homéopathiques
Ces remèdes sont un complément utile au traitement de médecine conventionnelle, mais ne le remplacent en aucun cas.
Les médicaments homéopathiques qui peuvent aider en cas de névrodermite sont les suivants:
- Belladonna C 200: particulièrement recommandé comme dose initiale en cas d’eczéma aigu
- Sulfur C 30: à utiliser lorsque Belladonna n’apporte pas d’amélioration après environ 10 jours
- Nosodes homéopathiques comme Iso-Infanrix-Quinta C 200, si la névrodermite survient après une vaccination
- Les complexes à base de Viola tricolor (pensée), de Corallium rubrum (corail rouge) et de Cicuta virosa (ciguë aquatique) améliorent les démangeaisons, la desquamation, l’érythème et les suintements.
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Compresses à base de thé noir
Des compresses de thé noir froid peuvent atténuer les inflammations et réduire les démangeaisons grâce aux tanins qu’elles contiennent.
Faites bouillir les sachets de thé, laissez-les refroidir, puis appliquez-les sur la peau.
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Compresses froides
Utilisez des serviettes et de l’eau propres pour ce type de compresse.
Vous pouvez également appliquer des pansements humides à base de pommade. Pour cela, appliquez la pommade que vous utilisez sur la peau, puis posez un pansement que vous aurez d’abord humidifié avec de l’eau froide. Cela permet d’hydrater et d’apaiser les démangeaisons.
Quelle est le rôle de l’alimentation?
La plupart des parents d’enfants atteints de névrodermite recherchent désespérément la cause de la poussée dans l’alimentation et culpabilisent. Selon l’experte pourtant: «Dans la majorité des cas, le facteur déclenchant d’une poussée n’est pas une allergie alimentaire».
Ce sont souvent des agents extérieurs qui sont à l’origine d’une poussée en pénétrant par la peau dans l’organisme et en mettant à épreuve le système immunitaire. Les facteurs déclencheurs d’une poussée varient d’une personne à l’autre et peuvent évoluer au cours de la vie.
«Souvent, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte C’est pourquoi il est difficile de cibler celui qui déclenche une poussée», précise Sonja Hartmann. Mais il n’est pas indispensable de savoir duquel il s’agit pour traiter l’eczéma avec succès.
Une poussée peut augmenter le risque d’intolérance alimentaire, lorsque les allergènes (généralement contenus dans les protéines) de certains aliments pénètrent dans le corps à travers la barrière cutanée endommagée. Pour le système immunitaire, ces substances sont étrangères, provoquant une réaction.
Ainsi, une «sensibilisation» peut se développer par le biais de la peau – c’est-à-dire une sensibilité accrue aux aliments contenant ces protéines. Si les personnes concernées mangent à nouveau ces aliments plus tard, leur système immunitaire réagira, engendrant une allergie alimentaire.
«C’est pourquoi il est important de bien soigner la peau et de traiter systématiquement l’eczéma, afin que la barrière cutanée puisse continuer de jouer son rôle et que de telles sensibilisations soient évitées autant que possible», prévient la spécialiste.
À noter que certains aliments peuvent irriter la peau autour de la bouche. Les agrumes ou les tomates en font partie. Sonja Hartmann recommande aux parents de ne pas renoncer à ces aliments, mais de bien appliquer de la graisse autour de la bouche de leurs enfants avant le repas.
En règle générale, les recommandations en matière d’alimentation sont les suivantes: manger de tout, ne pas se priver. «Même les nourrissons atteints de névrodermite doivent être initiés normalement à la nourriture», préconise l’experte. Les spécialistes recommandent les tests d’allergie uniquement en cas de suspicion fondée.